Allumer un feu en pleine nature (légalité et technique)

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Un feu de camp au bivouac reste un moment à part. C’est aussi le geste outdoor le plus encadré par la loi française, et pour de bonnes raisons. En 2026, le ministère de la Transition écologique rappelle que 9 feux de forêt sur 10 sont d’origine humaine, et que plus de la moitié d’entre eux naissent d’une imprudence : mégot, barbecue, feu de camp mal surveillé. Avant de sortir le briquet, il faut donc savoir où le feu est permis, quand il est interdit, puis comment l’allumer, le contenir et l’éteindre sans laisser de trace.

La règle de base tient en une phrase : en forêt, dans les landes, maquis et garrigues, et jusqu’à 200 mètres de ces espaces, seul le propriétaire du terrain (ou ses ayants droit) peut allumer un feu. Les espaces protégés vont souvent plus loin. Notre synthèse sur la réglementation 2026 du Parc national des Pyrénées montre par exemple comment le cœur d’un parc encadre bivouac et usage du feu.

Ce guide, mis à jour en octobre 2026, réunit le cadre légal, les outils pour vérifier le risque du jour et la technique pas à pas. Il intéressera particulièrement ceux qui partent seuls : si vous préparez une randonnée en solo, un feu qui échappe à votre contrôle n’a personne d’autre que vous pour être maîtrisé.

Feu de camp crépitant au crépuscule dans un paysage de montagne sauvage, flammes orangées devant les sommets

Les chiffres à retenir

9 sur 10

feux de forêt d’origine humaine en France (ministère, 2026)

200 m

bande autour des bois et landes où le feu est réservé au propriétaire

52

départements avec des massifs classés à risque d’incendie depuis avril 2026

30 500 ha

de surface brûlée en France sur l’année 2025

Sommaire

  1. Ce que dit la loi en 2026
  2. Où un feu reste possible (et les alternatives)
  3. Vérifier le risque incendie avant de partir
  4. La technique : préparer et allumer un feu
  5. Tableau comparatif des moyens d’allumage
  6. Éteindre et ne laisser aucune trace
  7. Foire aux questions

1. Ce que dit la loi en 2026

Le socle national est l’article L131-1 du Code forestier. Il interdit à toute personne autre que le propriétaire du terrain, ou ses ayants droit, d’allumer ou de porter du feu dans les bois, forêts, plantations, reboisements, landes, maquis et garrigues, ainsi que sur une bande de 200 mètres autour. Cette règle vaut toute l’année et sur tout le territoire, indépendamment des arrêtés locaux. Pour un randonneur ou un bivouaqueur, la conséquence est simple : sans l’accord écrit du propriétaire, un feu de camp en forêt est illégal.

Par-dessus ce socle, les préfets prennent chaque année des arrêtés qui durcissent la règle en période à risque. Selon le dossier de presse interministériel du 9 juin 2026, « tout apport de feu est en général interdit » dans ces espaces et jusqu’à 200 mètres : barbecues, incinérations, cigarettes, pétards et feux d’artifice compris. Certains arrêtés 2026, comme l’arrêté interdépartemental des Pays de la Loire, étendent même l’interdiction aux propriétaires.

Côté sanctions, l’article R163-2 du Code forestier punit l’usage du feu en infraction d’une contravention de 4e classe, soit une amende forfaitaire de 135 euros, pouvant atteindre 750 euros devant le juge. Si le feu provoque un incendie, même involontaire, l’article L163-4 renvoie au Code pénal : les plaquettes préfectorales évoquent alors des peines de 6 mois à 3 ans de prison, sans compter la responsabilité civile pour les dégâts. Le niveau de l’amende fait débat : une question écrite publiée à l’Assemblée nationale le 1er septembre 2026 le juge « insuffisamment dissuasif ».

À retenir

Le mégot reste un déclencheur sous-estimé. Entre 1998 et 2021, en zone méditerranéenne, 39 feux par an en moyenne ont été causés par un jet de mégot, et 15 d’entre eux ont dépassé 100 hectares (base de données des incendies de forêt en France, citée par le ministère en 2026). Fumer à moins de 200 mètres d’un massif tombe sous le coup des mêmes arrêtés que le feu de camp.

2. Où un feu reste possible (et les alternatives)

Interdire n’est pas tout interdire. Plusieurs situations restent compatibles avec un feu, à condition qu’aucun arrêté préfectoral ou municipal ne s’y oppose le jour même :

  • sur un terrain privé, avec l’accord du propriétaire, hors période de restriction ;
  • dans les foyers et aires de pique-nique aménagés par une commune, l’ONF ou un gestionnaire d’espace naturel, quand ils sont ouverts ;
  • dans certains campings et refuges qui disposent d’un emplacement dédié ;
  • en terrain minéral éloigné de plus de 200 mètres de tout bois, lande ou garrigue, par exemple un banc de galets en fond de vallée, sous réserve des règles locales.

À l’inverse, le cœur des parcs nationaux et la plupart des réserves naturelles interdisent le feu de manière permanente. Dans les zones de bivouac très fréquentées, comme les étapes de grandes traversées type GR11 dans les Vosges, le réchaud est la solution normale pour cuisiner. Les arrêtés départementaux de 2026 visent surtout les combustibles solides (bois, charbon) ; les réchauds à gaz sont souvent tolérés, mais ce n’est pas une règle générale : vérifiez le texte du département avant de partir.

3. Vérifier le risque incendie avant de partir

Le risque ne se limite plus au pourtour méditerranéen. Depuis le 13 avril 2026, 52 départements comptent des massifs classés à risque d’incendie de forêt. En 2025, une dizaine de départements de l’ouest et du centre ont battu leur record de surface brûlée, dont trois dès le mois d’avril : Côtes-d’Armor, Indre-et-Loire et Puy-de-Dôme. Partir en Bretagne en avril ne dispense donc plus de vérifier.

Trois réflexes suffisent. D’abord, consultez la Météo des forêts de Météo-France, qui publie chaque jour en saison un niveau de danger par département. Ensuite, cherchez l’arrêté préfectoral en vigueur sur le site de la préfecture ; dans le Var ou les Bouches-du-Rhône, l’accès même aux massifs peut être fermé. Enfin, regardez le vent : au-delà d’une brise soutenue, une seule escarbille suffit à allumer l’herbe sèche à plusieurs mètres du foyer.

4. La technique : préparer et allumer un feu

Une fois la légalité vérifiée, la technique repose sur le triangle du feu : combustible, oxygène, chaleur. Un feu qui ne prend pas manque presque toujours de l’un des trois, le plus souvent d’un combustible fin et vraiment sec. Préparez tout avant de craquer la première allumette.

  1. Choisir l’emplacement. Sol minéral ou terre nue, à l’abri du vent, loin des branches basses, des racines et des souches. Réutilisez un foyer existant plutôt que d’en créer un nouveau.
  2. Dégager le périmètre. Retirez aiguilles, feuilles et herbes sèches sur environ 3 mètres de diamètre. Évitez les pierres de rivière, qui peuvent éclater sous l’effet de la chaleur.
  3. Réunir trois calibres de bois. L’amadou (écorce de bouleau, herbes sèches, copeaux), le petit bois de la taille d’une allumette à celle d’un crayon, puis le bois de chauffe pas plus gros qu’un poignet. Ramassez uniquement du bois mort au sol.
  4. Monter la structure. En tipi pour un départ rapide, en cabane (bûchettes croisées) pour un feu stable de cuisson, en étoile pour économiser le bois.
  5. Allumer au vent. Placez la flamme sous l’amadou, côté vent, puis ajoutez le petit bois progressivement sans étouffer le foyer.
  6. Garder de l’eau à portée. Prévoyez quelques litres avant d’allumer, pas après.

Gardez le feu petit : une flamme de la hauteur d’un genou suffit pour cuire et se réchauffer. Ne le quittez jamais des yeux, même pour aller chercher de l’eau.

Gros plan sur un petit feu contenu dans un cercle de pierres, braises rougeoyantes et bois sec bien disposé

5. Tableau comparatif des moyens d’allumage

Le bon moyen d’allumage dépend surtout de la météo et de la durée de la sortie. Le plus sûr reste d’en emporter deux, rangés à deux endroits différents du sac.

Moyen d’allumagePar temps humideAutonomieLimitesUsage conseillé
Briquet à pierreMoyenPlusieurs centaines d’allumagesGaz peu efficace sous 0 °C, molette qui s’encrasseUsage courant, sorties à la journée
Allumettes classiquesFaibleUne boîteCraignent l’humidité et le ventDépannage, à garder en sachet étanche
Allumettes tempêteTrès bon10 à 25 par boîteEncombrantes, coût élevéKit de secours, montagne et pluie
Pierre à feu (ferrocérium)Très bonPlusieurs milliers d’étincelles (données fabricants)Demande un amadou très fin et un peu de pratiqueTreks longs, kit de survie
Allume-feu solideBonUn cube par feuConsommable, à combiner avec une flammeDémarrage sur bois légèrement humide
Comparatif des moyens d’allumage en pleine nature. Valeurs indicatives établies d’après les fiches fabricants consultées en octobre 2026.

6. Éteindre et ne laisser aucune trace

Un feu éteint, c’est un foyer froid au toucher, pas seulement un foyer sans flamme. Les braises enfouies sous la cendre peuvent couver pendant des heures et repartir avec le vent du matin. La méthode tient en trois gestes : noyer, remuer, vérifier.

  • Versez l’eau lentement sur toute la surface, braises et pierres comprises, jusqu’à ce que le sifflement cesse.
  • Remuez les cendres avec un bâton et arrosez de nouveau ce qui fume encore.
  • Approchez le dos de la main : si vous sentez encore de la chaleur, recommencez.
  • N’enterrez jamais les braises : sous terre, elles continuent de chauffer et peuvent enflammer les racines.
  • Dispersez les cendres froides, remettez les pierres en place et repartez avec vos déchets, y compris les emballages qui n’ont pas brûlé.

Dernier point souvent oublié : le papier aluminium, les canettes et le plastique ne brûlent pas proprement. Ils laissent des résidus toxiques dans le foyer et ne font qu’alourdir la trace laissée sur le site.

Foire aux questions

Peut-on faire un feu de camp en bivouac en France ?

Rarement. En forêt, dans les landes, maquis et garrigues et jusqu’à 200 mètres autour, seul le propriétaire du terrain peut allumer un feu (article L131-1 du Code forestier), et les arrêtés préfectoraux l’interdisent souvent à tous en période à risque. Le cœur des parcs nationaux l’interdit en permanence. En bivouac, le réchaud reste la solution normale.

Quelle amende pour un feu allumé en forêt ?

Allumer un feu en infraction est une contravention de 4e classe (article R163-2 du Code forestier) : 135 euros d’amende forfaitaire, jusqu’à 750 euros devant le juge. Si le feu déclenche un incendie, même involontaire, les sanctions pénales s’appliquent, avec des peines de prison possibles et la réparation des dégâts.

Un réchaud à gaz est-il autorisé en période de risque incendie ?

Souvent, mais pas toujours. Les arrêtés départementaux de 2026 visent surtout les combustibles solides comme le bois et le charbon, et tolèrent fréquemment le gaz. Certains départements, ou les parcs nationaux, l’encadrent plus strictement. Lisez l’arrêté du département concerné et utilisez le réchaud sur sol minéral, à l’abri du vent.

Sources et références

  • Ministère de la Transition écologique et ministère de l’Intérieur — dossier de presse « Campagne de prévention des feux de forêt et de végétation », 9 juin 2026, ecologie.gouv.fr.
  • Code forestier, articles L131-1, L163-4 et R163-2 — Légifrance.
  • Assemblée nationale — question écrite n° 17841 sur les sanctions liées à l’usage du feu, 2026, questions.assemblee-nationale.fr.
  • Banque des Territoires — « Été 2025 : plus de forêt brûlée et plus de départs de feu maîtrisés, selon un bilan de l’ONF », banquedesterritoires.fr.
  • Selectra — « Barbecue, sécheresse : où est-il interdit et quelles amendes à l’été 2026 », selectra.info.

Article mis à jour le 25 octobre 2026. Les arrêtés préfectoraux changent d’une saison à l’autre : vérifiez toujours la réglementation locale le jour de votre sortie.

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